France

Archaeologists working in France

Archéologie d’un village de Touraine

Bonjour ! Nous sommes Jean-Philippe Chimier et Nicolas Fouillet, tous deux archéologues à l’Inrap et membres permanents du Laboratoire Archéologie et Territoires de l’UMR 7324 Citeres (université de Tours). C’est à ce double titre que nous dirigeons un programme de recherche sur le village d’Esvres (Centre – Val-de-Loire, France). Ces recherches ont pour objectif l’étude du village dans « la longue durée », des premières occupations du site à la période gauloise à aujourd’hui. La particularité de ces travaux est de mêler archéologie préventive et archéologie programmée. Ces dernières sont constituées de prospections au sol, de sondages archéologiques, d’études de documents d’archives, d’inventaire du patrimoine bâti et d’une enquête documentaire. Au total, ce sont près de 50 chercheurs qui ont travaillé sur le programme depuis sa mise en place en 2011.

Esvres, le centre-bourg © Jean-Philippe Chimier, Inrap, 2012

Esvres, le centre-bourg © Jean-Philippe Chimier, Inrap, 2012

L’étude du village dans sa globalité a nécessité une immersion au sein de la communauté, qu’ils s’agissent des élus, des agents communaux et bien-sûr de ses habitants. C’est aux Esvriens, sans qui nous n’aurions pas pu écrire cette page d’histoire, que l’équipe archéologique souhaite rendre hommage à l’occasion de ce « Day of Archaeology ».

Les habitats et les habitants.

Une partie des opérations programmées correspond à la réalisation de sondages manuels ou d’observations architecturales chez les particuliers. Nous avons globalement été accueillis avec bienveillance, mais gagner la confiance des habitants est un travail qui s’est construit doucement, au fur et à mesure des campagnes de terrain. Il nous a fallu constituer un réseau à partir des quelques contacts que nous avions initialement.

Surveillance de travaux au chevet de l’église et visite spontanée des riverains. © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Surveillance de travaux au chevet de l’église et visite spontanée des riverains. © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Sondage chez un particulier, et dans le cimetière gallo-romain ! © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Sondage chez un particulier, et dans le cimetière gallo-romain ! © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Relevé d’une cave au scanner 3D © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Relevé d’une cave au scanner 3D © Jean-Philippe Chimier, Inrap

C’est la municipalité qui a apporté les premières clefs en organisant en 2009 une exposition sur les premières fouilles préventives. Depuis lors, nous avons travaillé en collaboration avec les différents services : la culture bien sûr, mais aussi l’urbanisme, les services techniques et la police municipale. Esvres possède aussi un réseau associatif actif et dense qui a permis de nous faire connaître. Nous avons rencontré les membres d’associations diverses (randonnée, parents d’élèves, conseil économique de la paroisse…), mais c’est surtout grâce à l’association locale pour la défense du patrimoine (ASPE) que nous avons pu entrer en contact avec des particuliers motivés et intéressés qui nous ont donné accès à leur propriété.
Il nous a aussi fallu rencontrer les habitants par nous-mêmes, en expliquant au cas par cas ‑ et au porte à porte ! ‑ la nature et les objectifs de nos travaux. Malgré nos appréhensions, nous avons rarement été déçus et en tous cas jamais mal reçus !
La réalisation de prospections pédestres sur des terres agricoles a nécessité de pousser la porte des fermes pour avoir l’autorisation d’accéder aux champs. Par l’intermédiaire des viticulteurs d’Esvres qui nous ont  accueillis chaleureusement, nous avons pu facilement collaborer avec les autres agriculteurs.

Prospections pédestres au milieu des vignes avec des stagiaires de l’université de Tours. © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Prospections pédestres au milieu des vignes avec des stagiaires de l’université de Tours. © Jean-Philippe Chimier, Inrap

Les sondages archéologiques manuels, aussi limités soient-ils (jusqu’à 3 m²), ont révélé l’extension d’un habitat gaulois et antique et ont permis d’explorer les occupations médiévales du village. L’étude des bâtiments du bourg a mis en évidence une série de maisons anciennes, dont certaines dateraient de la fin Moyen Âge (vers 1500). Elles sont souvent dissimulées au milieu de constructions plus récentes et nous avons quelquefois eu de bonnes surprises, au détour d’une trappe oubliée.

Rendre aux Esvriens ce qui appartient aux Esvriens

Même si à notre sens, restituer à tous le résultat de nos études doit être la finalité de toute recherche archéologique, c’est encore plus vrai dans le cadre de ce programme. Depuis le début nous avons tenu à informer les Esvriens de l’avancée de nos travaux. Chaque mois de septembre, lors de Journées européennes du Patrimoine, l’équipe propose plusieurs interventions. Une d’elles est toujours consacrée au bilan des travaux de terrain de l’année en cours et au moins une autre communication présente un thème ou une période particulière. En juin, lors de Journées nationales de l’Archéologie (JNA), nous évoquons l’histoire et l’archéologie d’Esvres lors d’une « archéo-balade », une sorte de visite-conférence du village qui remporte toujours un franc succès malgré un nombre de places limitées. En 2014, toujours lors des JNA, une rencontre a été organisée avec les chercheurs de l’équipe qui ont présenté leurs travaux. Ouverte à tous le samedi, elle était réservée aux enfants des écoles la veille et, on l’espère, aura permis de créer de nombreuses vocations…

« Archéo-balade » durant les Journées nationales de l’Archéologie 2013. © Laurent Petit, Inrap, 2013

« Archéo-balade » durant les Journées nationales de l’Archéologie 2013. © Laurent Petit, Inrap, 2013

Les Journées nationales de l’Archéologie 2016, rencontre avec les villageois. © Denis Godignon, Inrap

Les Journées nationales de l’Archéologie 2016, rencontre avec les villageois. © Denis Godignon, Inrap

Les Journées nationales de l’Archéologie 2016, initiation à la céramologie. © Nicolas Fouillet, Inrap

Les Journées nationales de l’Archéologie 2016, initiation à la céramologie. © Nicolas Fouillet, Inrap

2016 constitue la fin du programme de terrain mais pas la fin de nos recherches sur Esvres, il reste encore à réaliser la synthèse de toute cette documentation. De retour en laboratoire, comment valoriser nos travaux à venir ? Sans doute via internet qui permettra de garder un contact à distance avec nos interlocuteurs du terrain (vous en êtes peut-être la preuve en lisant ces lignes !) et de s’ouvrir à d’autres lecteurs, Esvriens ou non.

Jean-Philippe Chimier et Nicolas Fouillet, Inrap / UMR 7324 Citeres-LAT

 

Relevés topographiques en Île-de-France

Bonjour, je suis Pascal Raymond, topographe à l’Inrap . Pour ce « Day of archaeology », je souhaite vous partager un peu de mon quotidien en vous relatant une de mes journées de travail.

Mardi 26 juillet 2016, départ 6 h 30 pour une journée de relevé topographique sur deux opérations de fouille en Seine-et-Marne. Je remplace deux collègues partis en congé en juillet.
J’interviens d’abord sur un site situé dans la commune de Mouroux, qui présente une concentration d’enclos funéraires de la fin de l’âge du Fer. Cette opération commencée début juin se termine à la fin de la semaine. En fin de chantier le temps est précieux. On discute de la stratégie d’enregistrement avec l’équipe en concluant qu’une grande coupe et certaines structures seront relevées par photogrammétrie.

Le chantier est très propre, pas de tas de terre volumineux, pas de circulation d’engins, je peux donc positionner le théodolite au milieu du décapage. Le résultat de la mise en station est correct. La responsable de l’opération commence à arpenter le terrain.
On implante alors des axes horizontaux, on lève les points d’axe de coupe et des points de calage pour des relevés par photogrammétrie.

Vue du décapage et des enclos funéraires de Mouroux © Pascal Raymond, Inrap

Vue du décapage et des enclos funéraires de Mouroux © Pascal Raymond, Inrap

10 h, c’est la pause café. Le soleil commence à chauffer. L’équipe se regroupe autour des thermos pour refaire le monde. On râle, on plaisante beaucoup et on parle aussi des vacances. Après cette pause, le soleil est assez haut et quelques petits nuages permettent les prises de vue.

En fin de matinée, les relevés sont terminés, direction le chantier à Lagny-sur-Marne.
La fouille a commencé début juillet. C’est un site urbain, médiéval et moderne. Je retrouve mes collègues vers midi et demi. J’avale un jambon-beurre vite fait et visite le chantier pour organiser le travail. Mon intervention doit permettre d’enregistrer le premier niveau de décapage. La responsable d’opération souhaite obtenir une ortho-photo et un modèle numérique de terrain pour travailler sur SIG. La zone à relever par photogrammétrie occupe 1500 m². Je place des points de calage pendant que l’équipe débâche les niveaux de sol qui avaient été protégés. Le terrain est propre et riche en informations. Je fais 350 photos avec un fort taux de recouvrement pour la photogrammétrie. Après vérification des données recueillies, on programme les futures interventions et je rentre au bureau.

Vue du secteur 1 du site des tanneurs à Lagny-sur-Marne © Pascal Raymond, Inrap

Vue du secteur 1 du site des tanneurs à Lagny-sur-Marne © Pascal Raymond, Inrap

Arrivé au centre archéologique de La Courneuve vers 14h30, je lance la correction des données GPS. J’importe les points topographiques et classe les photos prises sur les deux chantiers. Je lance trois calculs photogrammétriques du chantier de Mouroux et celui, plus large, de Lagny. L’ordinateur est alors totalement pris pour ces opérations.

Traitement numérique de l’ortho-image du décapage de Mouroux © Pascal Raymond, Inrap

Traitement numérique de l’ortho-image du décapage de Mouroux © Pascal Raymond, Inrap

En attendant les premiers résultats, j’aide mon collègue de bureau à modifier un cerf-volant pour qu’il rentre dans une valise.  Il doit partir la semaine prochaine en mission de prospection en Guyane et aura besoin de faire des photos aériennes. Après ce petit bricolage, l’ordinateur est toujours occupé. Je finis alors cette journée en nettoyant le moulage d’une sépulture réalisé pour le musée Carnavalet.

Mon bureau et moi © Inrap

Mon bureau et moi © Inrap

La journée fut bien remplie. Je repars avec trois jours de traitement des données. J’ai parcouru 250 km, ce qui ne veut pas dire grand-chose en Île-de-France puisqu’on compte plutôt en temps de bouchons. Mais là, c’est l’été, alors c’était une bonne journée.

Pascal Raymond

An archaeologist’s holiday

Exterior of the architect designed building containing the replica cave

Exterior of the architect designed building containing the replica cave

When you go on holiday as an archaeologist, you end up finding and visiting the archaeology around your holiday destination or, as I did, you build your entire holiday around going to see archaeological sites. I have watched Werner Herzog’s Cave of Forgotten Dreams, I have read Mordicai Gerstein’s The First Drawing and I have trawled through the images on the Bradshaw Foundation. When the Caverne du Pont d’Arc was opened earlier this year, a replica of the famous ‘Chauvet’ Cave in the Ardèche region of France, I knew that I’d be dragging my family there this year and that’s where I found myself on the Day of Archaeology 2015.

The original cavern was only found in 1994 by cavers, among them Jean-Marie Chauvet who the cave is often named after. Due to the damaging affects of tourists visiting caves found in earlier decades, such as Lascaux in the Dordogne region of France, the decision was made very early on to create a replica of the cave for visitors. It was a huge project that cost over 55 million euros and I was excited and nervous, hoping that it would be well spent and worried that it would be a damp squib.

I needn’t have worried. The replica is incredibly impressive, from the outside as well as in. The architecture of the exterior of the replica is monumental and reflects the angular formations of the cavern walls. It has been built on a hilltop a couple of miles from the original down in the valley of the Ardèche, and commands a breathtaking view of the mountains of the Cévennes. As far as I could tell, the entire cave system is recreated, instead of just a section of it, as at other cave replicas.

Panorama of the view from the top of the hill where the replica has been built

Panorama of the view from the top of the hill where the replica has been built

The cave was worked on some 36,000 years ago and has the earliest known cave art in Europe. (In contrast, Lascaux was painted about 17,000 years ago. As much time passed between Chauvet and Lascaux as between Lascaux and today!) It has cave paintings in both red ochre and charcoal, as well as cave engravings. It has paintings of bears, lions, horses, giant deer, woolly mammoths and woolly rhinos. The artists have observed these animals closely and for many years. It has an engraving of an owl with its head turned all the way round. The images are, for the most part, executed with great skill. They appear to move as some animals are given more than one set of legs that would have flickered back and forth in the torchlight. The earlier part of the cave is generally done in red ochre, while the later paintings are all mostly black.

Bear skull placed deliberately on a stone, image from Bradshaw Foundation’s website

The cave was also occupied by bears around the same time, who have left their marks all over, in the hollowed out hibernation nests they made for the winter, the rubbing along the walls where they passed and the claw marks on the walls to mark their territory. They died in there, too, and the people who came to paint the walls also moved the bones. Some long bones seem to have been shoved into the earth on end to act as markers, and several skulls were arranged on a bed of ochre around a natural pillar of rock on which another skull was sat.

Cave lions and a woman’s legs and vulva, image from the Bradshaw Foundation’s website

By the final gallery I was nearly in tears with the beauty and power of the place. All throughout I had been translating the guide to my five year old daughter and getting her to find certain animals and look at the expression of the sad lion. I had abandoned my English language audioguide, which didn’t have the detail I wanted, which the live action tour guide did, which I managed to mostly follow in French. I was particularly pleased to point out the child’s negative handprint (created by spitting paint on the back of the hand pressed on the cave wall) and footprint on the soft earth floor, and the cruder paintings that have been speculatively suggested to be the work of children. I even explained to her the image of the woman’s legs and vulva in the final gallery, as some teenage boys giggled to themselves, but this is the deepest part of the cave, the most magical. Women, then, are apparent in the cave both here and at the start where women’s handprints probably accompany men’s.

In the museum accompanying the cave, however, women are almost completely absent. I felt completely let down by this, which is totally in contrast to the evidence in the cave. In an introductory video four male hunters, who don’t seem to do very well as they compete against cave lions, stumble upon a cave and an elderly man envisions the animals upon the walls and starts to draw with charred wood from the fire. In the gallery of mannequins afterwards, it is the men again who are engaged in placing their palm prints on the walls, while one woman and one child are engaged doing something else with their heads down. It needs a bit more work to coax the whole story out, I think.

The replica Caverne du Pont d’Arc is spectacular. The real thing is off limits to everyone but those who are studying and conserving it so that it can survive another 36,000 years. The paintings at Lascaux are now damaged beyond repair by the damp and the tramping of hundreds of feet through the cave, disturbing molds which started growing on the cave walls and destroying the beautiful art. We don’t want the same to happen at Chauvet, so the replica is as good as it gets for this archaeologist as for us all.

The Cave of the Hundred Mammoths

Mammoth rock art from the Rouffignac cave, France from the Bradshaw Foundation archive

Mammoth rock art from the Rouffignac cave, France from the Bradshaw Foundation archive

Today we are in the office preparing a new section on the Upper Palaeolithic cave art of Rouffignac in the French Dordogne, with its 100 beautiful mammoths and other animal depictions.

Having visited the cave last year, I am now in front of the Mac with my Art and Design Director Ben Dickins, finalising the text and editing some amazing images from the artists of our Palaeolithic past.

The cave contains over 250 engravings and cave drawings, but we want to get across the cave experience: it’s vast and deep, and would have taken the original artists 45 minutes to walk to the end in flickering torch light, where they created a superb panel of art on the ceiling of the End Chamber.

To be in the cave is a special and humbling experience; it is a liminal moment that transcends time, and this is what we are trying to capture!

This is a typical day for us as we continue to document the prehistoric cave paintings and petroglyphs which we make available to all on our site Bradshaw Foundation online archive

The Day of Archaeology 2015 is a fantastic idea; it allows us to see what our colleagues are up to around the world, and discover things we might have missed.

Back to my desk, coffee and mammoths. Have a great day!

Peter Robinson
Editor, Bradshaw Foundation

 

De la terre à la lumière: révélations photographiques et documentaires

Bonjour ! Je m’appelle Emilie Trébuchet, je suis documentaliste à l’Inrap depuis 7 ans. Avant cela, j’étais archéologue, à l’Inrap également, et j’ai dirigé plusieurs opérations. Après 10 ans de terrain et de déplacements, à la recherche de nouvelles connaissances et de perspectives différentes, il m’a semblé nécessaire de retourner à des affinités anciennes (livre, écriture, image, documentation). J’ai donc une double formation : archéologie et ingénierie documentaire spécialité image. Ma journée de travail s’articule aujourd’hui autour de ces deux disciplines, c’est ce que je trouve formidable et que j’ai envie de partager avec vous. Mon regard d’archéologue influence ma perception de la documentation, et vice versa.

L’archéologie des documents photographiques

Le 13 mai 2015 a été une journée très particulière : c’est l’inauguration de l’exposition « Dans l’œil du viseur. La photo révèle l’archéo » au musée Saint-Raymond à Toulouse, dont je suis commissaire scientifique. Cette exposition, avec son catalogue, est l’aboutissement rêvé d’un stage réalisé aux archives municipales de Toulouse, dans le cadre de la formation de Master 2 professionnel « Archives et images » que j’ai suivie en 2010-2011 à Toulouse (Université du Mirail, congé de formation Inrap). Elle résulte d’une véritable prospection sur les images d’archéologie menée durant 3 mois dans les fonds photographiques anciens de Toulouse : un travail de recherche, d’analyse, de traitement et de valorisation de documents d’archives qui a été aussi passionnant qu’une opération archéologique. C’est également une aventure inoubliable qui va se poursuivre à travers différents projets en cours.

An exhibit space. ©J.F. Peiré

Vue d’un espace de l’exposition. ©J.F. Peiré

Example of a photograph displayed and showing, in 1869, a last pile of the Daurade bridge in Toulouse, shortly before its destruction (1875). © Municipal Archives of Toulouse

Exemple de photographie exposée et montrant, en 1869, une dernière pile du pont de la Daurade à Toulouse, peu de temps avant sa destruction (1875). © Municipal Archives of Toulouse

The inauguration was an opportunity to thank the museum (Cl. Jacquet on the left, general curator of the exhibit, and me), the Municipal Archives of Toulouse and Inrap. The speeches were followed by a guided visit of the exhibit and a reception. © M. Dayrens

L’inauguration est l’occasion de remercier le musée (Cl. Jacquet à gauche, commissaire générale de l’exposition et moi), les Archives municipales de Toulouse et l’Inrap. Les discours ont été suivis d’une visite guidée puis d’un vin d’honneur. © M. Dayrens

La documentation en archéologie

La documentation, c’est une affaire de réseau et nous sommes 13 gestionnaires en tout à l’Inrap, répartis sur différents centres archéologiques du territoire français. Comme je trouve ridicule la règle grammaticale française liée au genre, je vais plutôt écrire « réparties », car nous sommes 12 femmes sur les 13 ! Nous aimerions être plus écoutées, plus nombreuses aussi parce que :

  • la production de documents et de données ne cesse de croître et constitue le cœur de l’activité des archéologues,
  • les sources d’information se démultiplient,
  • les problématiques liées aux nouvelles technologies transforment sans cesse notre métier.

Ma journée habituelle de gestionnaire de documentation, à l’Inrap de Tours, est ponctuée de demandes et de tâches multiples, de discussions aussi. Quand j’arrive dans mon bureau le matin, je jette un œil aux nouveaux ouvrages qui attendent d’être catalogués. Je salue, réponds aux questions de mes collègues et m’assure que le centre de documentation peut les recevoir. Ma fonction première est en effet de gérer la documentation et de faciliter son accès aux archéologues : nous renseignons continuellement dans notre catalogue documentaire en ligne, Dolia, les publications acquises mais aussi tous les rapports que les archéologues produisent – une richesse exceptionnelle pour la recherche ! Depuis deux ans, je m’intéresse aussi beaucoup à la documentation numérique de fouille et à son archivage. Il y a fort à faire.

The Inrap documentation center in Tours © G. Babin, intern at Inrap

Le centre de documentation à l’Inrap de Tours © G. Babin, stagiaire à l’ Inrap

The reports © G. Babin, intern at Inrap

Les rapports
© G. Babin, stagiaire à l’Inrap

Mais les journées peuvent être ponctuées de nombreuses autres priorités : la recherche d’informations pour les opérations archéologiques, le développement d’outils (de synthèse, de curation, de diffusion de l’information), la formation, l’encadrement de stagiaire, l’accueil d’étudiants, des réunions, des commandes, etc. J’ai aussi régulièrement des échanges avec des documentalistes d’autres structures.

Cette profession, qui demande une évolution permanente et qui se trouve à l’interface des autres métiers (AST, archéologues, recherche et développement, DAO-PAO, etc. à l’Inrap), est vraiment passionnant, même s’il faut souvent se battre pour faire reconnaître son importance. Je m’amuse à penser que les documentalistes sont parfois perçus comme les documents eux-mêmes : ils représentent la mémoire des activités et sont consultés régulièrement. On ne sait pas toujours très bien comment les exploiter, ni à quoi ils vont servir, mais ils deviennent un jour indispensables…

Emilie Trébuchet, gestionnaire de documentation et archéologue à l’Inrap, UMR 7324