catacombes

Catacombes et dolce vita

Passionné par l’archéologie depuis très jeune, j’ai commencé, comme la plupart de mes collègues, en tant que bénévole sur des chantiers à l’âge de 16 ans. J’ai débuté professionnellement en 1991 avec mes premiers contrats en tant qu’ouvrier de fouille à l’Afan. J’exerce actuellement à l’Inrap.
Le domaine funéraire m’a toujours fasciné et j’ai orienté ma carrière vers la direction d’opérations archéologiques en milieu funéraire (formation universitaire et choix des chantiers quand cela était possible). Mes thématiques de recherche concernent les pratiques funéraires et particulièrement :
– la fouille des cimetières juifs médiévaux en Europe,
– les crises de mortalité (épidémies et phénomènes de violences inter-humaines),
– les espaces monastiques (funéraire ou non) ainsi que
– la chrono-typologie des inhumations.
Depuis désormais une vingtaine d’années, je m’efforce de diffuser et de communiquer au travers d’articles, de conférences et d’expositions les résultats de mes travaux de recherche. Je considère en effet que le métier d’archéologue ne s’arrête pas à la rédaction du rapport de fouille et qu’il convient de transmettre nos connaissances envers la communauté scientifique mais aussi vers le grand public.

A l’occasion de ce “Day of Archaeology”, je souhaite vous faire partager une journée typique d’une mission exceptionnelle dans les catacombes des saints Pierre et Marcellin à Rome.

En 2005, ma collègue Dominique Castex (CNRS, Bordeaux) avec qui je collaborais régulièrement m’a proposé d’assurer avec elle la co-direction d’une mission dans cet espace funéraire alors géré par le Vatican.
Une telle occasion ne se présente pas deux fois et il faut savoir la saisir même s’il s’agissait :
1/d’une mission de deux mois,
2/que ma compagne était enceinte de six,
3/que nous déménagions la veille de mon départ à Rome !
Grâce à sa compréhension et beaucoup d’abnégation de sa part une solution a rapidement pu être trouvée : je la laissais avec les cartons et je rentrerais régulièrement en avion jusqu’à ce qu’elle puisse me rejoindre et profiter un peu de la Dolce Vita.

Making observations in the Saint Pierre and Saint Marcellinus catacomb © SSPM

Reconnaissance dans la catacombe des saints Pierre et Marcellin. © SSPM

La vie de chantier au Vatican

La journée classique commençait avec un réveil vers 6 heures pour un petit déjeuner en commun avec les autres membres de l’équipe. Celle-ci était composée d’étudiants en anthropologie à Bordeaux et parfois de quelques collègues et amis qui s’étaient rendus disponibles pour participer à cette formidable expérience.
Nous étions logés dans le centre de Rome ce qui présente beaucoup d’avantage pour profiter des charmes de cette ville merveilleuse. La contrepartie était le temps de trajet pour se rendre sur le site : métro jusqu’à la gare de Termini puis le bus 105 pendant 40 minutes.
Les portes de la catacombe étaient ouvertes à 8 heures par les fossore, les ouvriers du Vatican spécialisés dans les travaux très spécifiques que nécessite la catacombe. Ils nous apportaient une aide essentielle concernant l’organisation technique de la fouille et le repérage dans ce réseau souterrain. Celle-ci possède en effet près de 4,5 kilomètres de galeries réparties sur deux à trois niveaux par endroits et dans lesquelles il serait très facile de se perdre.
Nous atteignons alors le secteur « X » de la catacombe au sein duquel nous fouillions des cavités remplies de squelettes recouverts de plâtre. Chacun se glissait alors en position horizontale sur sa planche et dégageait les ossements qui affleuraient quelques centimètres plus bas. Une fois mis au jour, venait le temps de l’enregistrement, celui des photos, puis des dessins. Suivait ensuite le « démontage » des squelettes avec leur dépôt dans des sacs et leur évacuation vers la surface pour une étude anthropologique par d’autres membres de l’équipe. Une courte pause déjeuner Chez Anna, la pizzeria du coin et nous rejoignons notre petit coin de fraîcheur (16-17° en permanence) pendant que la « surface » subissait les assauts du soleil avec des températures de plus de 30° en ce mois de septembre.

On the field © Denis Gliksman

Le terrain ! © Denis Gliksman

Uncovering a level with skeletons. © Denis Gliksman

Dégagement d’un niveau de squelette. © Denis Gliksman

Après l’effort le réconfort ?

Vers 16 heures les portes se refermaient avant que ne reprenne la longue transhumance des archéologues vers leurs douches et leurs lits tant attendus. Commençait alors l’autre journée de l’archéologue : celle administrative et scientifique. De 18 à 20 heures, je consultais ma messagerie internet et répondais aux mails les plus urgents sans oublier d’appeler à la maison pour prendre des nouvelles de la future maman. Il fallait ensuite se consacrer à la rédaction des articles que je devais rendre de façon urgente pour « avant-hier, sans faute » !
Après l’effort le réconfort ! C’était le temps du repas pris régulièrement en commun, tels les moines du prieuré, à moins que nous ne cédions à la tentation des nombreuses trattoria du quartier où la diversité des pâtes et pizzas rivalisait avec les merveilleux vins italiens. Nous refaisions le monde le temps d’un repas avant de terminer la soirée en rentrant et en dégustant une glace à proximité de la fontaine de Trévi, toujours remplie de ses nombreux touristes. Telle est la dure vie d’un archéologue en exil …

The real Bruschetta ! © Philippe Blanchard

La vraie bruschetta ! © Philippe Blanchard

Philippe Blanchard, archéologue à l’Inrap, UMR 5199