château fort

Un « Day of Archaeology » à Viarmes (France), ma ville de résidence

Lorsque j’ai été contacté pour la réalisation du diagnostic archéologique de la place de la mairie de Viarmes, j’ai d’abord été stupéfait.  J’habite cette petite ville située au nord de Paris depuis vingt ans. Jamais l’idée de faire de mon lieu de résidence un objet de recherche ne m’avait effleuré. Je pratique l’archéologie depuis une trentaine d’années. J’ai commencé à exercer au sein d’associations archéologiques locales puis à  l’AFAN. Je travaille désormais à l’Inrap (Institut national de recherches archéologiques préventives), dont la création remonte à 2002. Au cours de ma carrière, j’ai travaillé sur les villes de Villiers-le-Sec, de Villiers-le-Bel, de Louvres, j’ai étudié de nombreux sites médiévaux et j’ai même fait une découverte incroyable, à Baillet, en mettant au jour les statues soviétiques de l’exposition universelle de 1937 !

Au premier plan, moi-même, en train de faire une visite commentée de mon chantier © JL Bellurget, Inrap

Au premier plan, moi-même, en train de faire une visite commentée de mon chantier © JL Bellurget, Inrap

Mais revenons à Viarmes.  Tout commence lors du diagnostic archéologique, en janvier 2012.
Le bureau du maire est à quatre mètres. De sa fenêtre, il voit apparaître, en même temps que nous, un sol pavé de terres cuites colorées XIIIe siècle.  Mon collègue et vieux complice Nicolas commence à dégager un sol bicolore jaune et vert. La tranchée continue avec un  large creusement dont on ne peut atteindre le fond. À une largeur de douze mètres, nous heurtons un large mur en pierre de taille : une tour et son fossé. Nous comprenons que nous venons de trouver un château fort.

Château médiéval de Viarmes

Château médiéval de Viarmes © Inrap

Au même moment,  Pierre, ancien professeur de mathématiques et mémoire vivante de la ville de Viarmes, me contacte pour me signaler la découverte, ancienne, d’un curieux objet en argent retrouvé dans une tranchée d’assainissement, non loin du diagnostic. Il s’agit d’une petite matrice de sceau qui représente la tête d’un chevalier avec son heaume et un blason. On y discerne également une inscription. Avec mon collègue Marc, nous la déchiffrons : “Charlot de la Courneuve”. On croirait un canular, nos bureaux se situent, depuis 2009, dans la ville de La Courneuve ! Quelle coïncidence !

Sceau

Sceau “Charlot de la Courneuve”

Le château médiéval, enfoui sous l’esplanade de la mairie, avait en fait été  “oublié”. Ses voûtes, révélées lors d’aménagements dans les années 80, avaient été interprétées comme une salle de garde du XVIe siècle. Suite aux résultats du diagnostic archéologique, une fouille préventive est prescrite. Elle débute en juin 2013 pour une durée de 50 jours. Mon équipe se compose de Nicolas, qui a effectué le diagnostic avec moi, Eddy, avec qui j’ai fouillé à Marne-la-Vallée et à Serris, Marc, qui partage mon bureau à La Courneuve et participe à la fouille programmée du château d’Orville et Hervé, que j’ai connu à Serris en 1989. Des stagiaires nous assistent également durant le chantier.

Vue du chantier lors de la Journée porte ouverte du 7 juillet © Inrap

Vue du chantier lors de la Journée porte ouverte du 7 juillet © Inrap

La fouille commence par un terrassement à la pelle mécanique avec l’aide de l’assistant technique, Saïd et du pelleur, Harry.  Ce décapage permet une plus grande ouverture du site et fait apparaître les vestiges de façon spectaculaire.
Une dalle ciment recouvrant une ancienne latrine située dans la cour est enlevée. C’est ainsi que nous apercevons l’ampleur du mur d’enceinte conservé sur plusieurs mètres de haut. Il donne sur le logis seigneurial. Les bases de deux fenêtres, coupées par la rue voisine, laissent deviner la salle. Manifestement tout a brûlé. Une épaisse couche incendiée est retrouvée dans le fossé adjacent : Cette partie du château a été détruite à la fin de Moyen Âge. La tour d’angle, aperçue lors du diagnostic, surgit. Un glacis en pierre de taille lui confère l’allure d’une pyramide.

Le glacis de la tour d'angle en cours de dégagement © Inrap

Le glacis de la tour d’angle en cours de dégagement © Inrap

Un deuxième édifice livre une pièce pavée au décor formé de carrés jaunes et verts, agrémentés de carreaux historiés. L’abondance des découpes complexes et des carreaux historiés, sur les côtés et au dessus, indique un pavage sophistiqué. Un étage qui surmonte cet ensemble est accessible par un escalier.  On y trouve une salle de vingt mètres de long riche en décors : aigle, cerf, sagittaire, léopard, l’agneau pascal apparaît.  Nous y découvrons aussi un écu orné de coquilles Saint-Jacques dorées (ressemblants à des personnages de Pac-man d’après Olivia) : il s’agit des armories de Pierre de Chambly, seigneur de Viarmes. L’édifice a  vraisemblablement été construit à la fin du XIIIe siècle par “notre ” Pierre VI de Chambly.

Carreau de pavement : trilobe  à l'agnus dei  © Inrap

Carreau de pavement : trilobe à l’agnus dei © Inrap

La fouille de la seconde pièce, au sol de plâtre surcreusé, présente les stigmates d’un violent incendie plus ancien que celui du château.
Reste à questionner les chroniques pour retrouver les circonstances du drame. Incursion de Charles le Mauvais (le traître hollywoodien de l’époque de Jean-le-Bon) avec des mercenaires anglais ?  Ou bien La grande Jacquerie  de 1358 ?
Le terrain peut apporter quelques réponses, en fournissant des tessons ou des monnaies qui aideront à dater, et d’autres indices.  Heureusement qu’il nous reste encore trois semaines de fouilles!

Découvrir la fouille de Viarmes en vidéo

François Gentili, archéologue à l’Inrap

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