Colonial

Archéologie en outre-mer

Je m’appelle Thierry Cornec, pour ce « Day of Archaeology », je souhaite partager les particularités de mon travail de Directeur adjoint scientifique et technique (Dast) des départements d’outre-mer (Dom) au sein de l’Inrap.

Aéroport Félix Eboué, Cayenne. Point névralgique de l’activité du Dast Dom. Une fois par mois, lieu de passage obligé pour retrouver mes collègues en Guadeloupe et en Martinique, rencontrer des partenaires, des aménageurs, des universitaires ou pour rallier mon bureau au centre de recherches archéologiques de Guyane où je travaille avec une dizaine d’agents.
Depuis 2012, cette aire géographique déjà vaste (comme un trajet régulier entre Paris et Stockholm, l’équivalent d’un Cayenne-Pointe-à-Pitre) s’étend jusqu’à La Réunion et à Mayotte.

Mes horloges !

Mes horloges !

La fonction implique aussi de suivre nos différentes opérations de terrain sur tous ces territoires dispersés et, non des moindres particularités, organiser ce travail en collaboration avec les quatre services de l’archéologie ( !), gestionnaires des territoires où l’Inrap intervient dans les Dom ! L’avenir pourrait aussi voir ce territoire s’agrandir à Saint-Pierre-et-Miquelon et aux Terres Australes et Antarctiques Françaises (comme un grand écart climatique !).
Autre particularité, je dois jongler avec tous les décalages horaires que nous avons depuis la Guyane avec les autres régions, 1 heure, 4 heures, 5 heures, 6 heures, 7 heures ou 8 heures….selon les territoires et les saisons. Mon ordinateur et mes téléphones sont agrémentés d’une série d’horloges afin que je puisse m’y retrouver.

Le centre de recherches archéologiques Inrap à Cayenne © Inrap

Le centre de recherches archéologiques Inrap à Cayenne © Inrap

Heureusement que mes interlocuteurs savent où je travaille. Cela m’évite d’être contacté à des heures indues.
La technologie peut aussi parfois venir en aide, les courriels ne rendent pas compte du décalage horaire et la visioconférence, elle, ne connait pas les distances. Mais depuis 5 ans que j’occupe ce poste à Cayenne, ces inconvénients, mineurs finalement quand on a appris à travailler dans ce contexte, sont les plus faciles à surmonter. Les journées sont parfois un peu plus longues vu de Guyane : en heure locale, les collègues de Métropole commence à travailler vers 3 h du matin et ceux des Antilles finissent la leur vers 19 h  (sans parler de l’Océan Indien, qui s’endort plus ou moins quand je me lève). Ici, il est aisé de commencer ses journées tôt, entre 6 h et 7 h pour profiter des fraîcheurs matinales… et des routes encore peu encombrées !

L’essentiel de mon travail consiste à programmer les opérations de diagnostics et de fouilles. Pour cela, je travaille avec un assistant technique, une chargée d’administration et une assistante opérationnelle. Nous donnons corps, ensemble, à la programmation des opérations, pour lesquelles sont désignés des responsables d’opérations, eux aussi grands habitués des aéroports. Et quelles opérations ? Encore des particularités locales qu’il s’agisse de la chronologie, des cultures ou des vestiges…

Dans l’ensemble des DOM, la chronologie est marquée par la date de l’arrivée des colons qui bouleverse bien évidemment toutes les cultures antérieures. L’archéologie documente souvent  cette période de façon plus précise que ne peuvent le faire l’histoire ou les chroniques des XVIIe et XVIIIe siècles.

Habitation Sigy, XVIIIe, Le Vauclin, Martinique © Inrap

Habitation Sigy, XVIIIe, Le Vauclin, Martinique © Inrap

Et si cette arrivée n’est pas la même sur l’ensemble des territoires, que dire des périodes antérieures ! Les chronologies ne sont pas encore abouties, diffèrent d’une zone à l’autre et sont sujettes à discussion.

Diagnostic, installations amérindiennes sur un cordon de la plaine littorale, Kourou, Guyane. © Sandrine Delpech, Inrap

Diagnostic, installations amérindiennes sur un cordon de la plaine littorale, Kourou, Guyane. © Sandrine Delpech, Inrap

Et évidement dans l’Océan indien le contexte est différent, pas d’installation connue à La Réunion avant l’arrivée des colons et on constate une présence musulmane à Mayotte depuis le IXe.

Mosquée de Tsingoni, XVIe, Mayotte © Inrap

Mosquée de Tsingoni, XVIe, Mayotte © Inrap

Mon travail consiste également à accompagner mes collègues archéologues dans des partenariats avec des centres d’expertises locaux, universitaires ou unités de recherche. Je suis aussi chargé, avec l’appui du siège de l’Inrap à Paris,  de ma hiérarchie directe à Bègles, et en collaboration avec mes collègues locaux, du suivi des travaux de terrain, de la mise en place des phases d’études pour la remise des rapports et de l’accompagnement des projets de recherches.
La valorisation occupe aussi une grande partie de mon travail. Qu’il s’agisse de faire valoir notre savoir-faire auprès de la communauté scientifique ou de sensibiliser le grand public.

Colloque de l'AIAC, Sint Maarten, 2015 © Inrap

Colloque de l’AIAC, Sint Maarten, 2015 © Inrap

En collaboration avec la chargée de la valorisation culturelle, nous travaillons sur des outils pédagogiques afin de diffuser nos résultats vers les Antillais, Guyanais et Réunionnais, pour qui notre discipline est encore nouvelle : autant de conférences pour expliquer nos métiers et nos résultats, autant de nouvelles frises chronologiques pour chaque région à créer, autant d’expositions à inaugurer, autant de visites de chantier à organiser.

Comment ne pas apprécier, aussi, car c’est important, un cadre de travail tel que les tropiques ? Même si les fouilles dans ces lieux exotiques ne sont pas toujours les plus confortables – chaleurs intenses, taux d’humidité records, cocotiers dangereux :-), la pratique de l’archéologie reste source de beaucoup de satisfaction, scientifique et humaine, où l’inédit domine toujours la routine.

Fouille de la plage des Raisins Clairs, en Guadeloupe © François Decluzet, Inrap

Fouille de la plage des Raisins Clairs, en Guadeloupe © François Decluzet, Inrap

Une journée de Dast dans les Dom? Une journée identique à celle d’un collègue de métropole. À cela près que je travaille sur d’autres continents, d’autres cultures… Tout ce qui fait le sel du métier est ici profondément différent et exaltant.

 

Thierry Cornec

High Crimes: Studying the Illicit Antiquities Trade in the Bolivian Andes

Painting of Santa Rosa

Painting of Santa Rosa stolen from the church of the Bolivian village of Jesus de Machaca and recovered on the London art market in 2011 (image via. Bolivia’s Ministry of Cultures)

Although I am a trained field archaeologist, I now work for a criminology department. I study the looting of archaeological and historic sites and the transnational trade in illicit cultural property. That is what I am doing now, in La Paz, Bolivia, 3700 feet above sea level, thanks to a Fulbright grant and a Leverhulme fellowship.

I am part of the University of Glasgow and the Scottish Centre for Crime and Justice Research’s Trafficking Culture project. My research group is approaching looting and antiquities trafficking from new angles to hopefully come up with interesting regulatory responses to this problem. Besides larger criminological and market analyses, our project is engaged in several regional case studies. That is where I fit in. I am looking into this phenomenon in Latin America and, right now, in Bolivia.

At the moment I am working on the looting of remote Conquest-era churches and the international market for stolen ecclesiastical paintings, sculpture and silver. The Andes are filled with rural churches: they were part of the evangelising mission of the Spanish Conquistadors. These churches are filled with spectacular and regionally-specific art. Most notable in Bolivia is silver work: for several hundred years the majority of the world’s silver came from Bolivia and Indigenous artists had a ready supply to make thousands of beautiful objects of devotion. Unfortunately there are collectors out there who are willing to buy stolen church art and, as supply meets demand, poor Bolivian communities are robbed of their heritage.

Stone Church at village of Laja

This church at the Bolivian village of Laja was robbed in 2012 (wikimedia commons)

Bolivia is culturally rich but economically poor. These churches are in bad states of repair and are insecure. Many cannot be alarmed, even if they are located in an area with electricity, because there is no money for such things. In most of the villages where churches are located residents live well below the poverty line so the idea of paying a full time guard is laughable. Increase police presence? Not when the nearest police outpost is 100km away over an unpaved road. Not when this country is thought to have one of the most corrupt police forces in the Americas.

But even the most important and well-protected Bolivian churches are not safe. In April the church of the Virgin of Copacabana, Bolivia’s most holy and miraculous shrine, was robbed of the silver and gold that anointed the Virgin herself. The baby Jesus in her arms was stolen as well. A priest who was at Copacabana on temporary assignment was jailed this week for involvement in the robbery. The holy pieces have not been recovered. My guess is that they were carried into Peru and then on to anonymity. That was the 6th church robbery in Bolivia in only 4 months.

17th Century Painting of the Virgin of Copacabana

A 17th century painting of the Virgin of Copacabana surrounded by silver (public domain)

I am constantly asked why these silver-filled churches were not robbed before. If they have been sitting out there, vulnerable, for 500 years why are they only being robbed now? The best answer I can give is that there was no illicit market for these items before. These churches are being robbed because terrible people want to own beautiful things.

I warn I am writing in advance because my day will include being without internet.

So what will my day be? On this day of archaeology I will take a taxi to the La Paz cemetery then squish myself into a minibus. I will head westward for about two hours until I reach the famous UNESCO World Heritage Site of Tiwanaku.

Tiwanaku is a vast, monumental, pre-Inka site that I excavated at (when I was a diggy-archaeologist) back in 2004 and 2005. I am sad to say that in 2011 Tiwanaku’s conquest-era church was robbed. It wasn’t the first time. The thieves have not been arrested and the objects stolen have not been recovered. I am going out there to talk to old friends about the robbery. I am interested to hear their perceptions about how the theft could have been prevented, their thoughts on the response of public authorities, and how they feel the robbery has affected the community. I want to hear the facts but I also want to hear wild speculation, rumours, and emotion. I think emotion is very important in this kind of work.

Tiwanaku's church

Tiwanaku’s conquest-era church was built by the Spanish from stoned looted from the nearby World Heritage site. It was robbed in 2011 (photo by the author)

And, really, this is an emotional issue with grave consequences. Just last year two men were caught robbing the church in the small Bolivian village of Quila Quila. The villagers apprehended the men and, in a public display of frustration, insecurity, and fear, they lynched the alleged robbers and buried them behind the church.

A ruined church in Bolivia

A ruined and abandoned church in the Altiplano, Bolivia’s high plain (Jduranboger, CC attribution)

I don’t think most people imagine that what I do is archaeology (even the Day of Archaeology website doesn’t have a category for this post to fit into!), but I think that it is. The past is what we say it is, and we believe that the physical remains of the past are important. That they are worthy of being preserved as tools of both memory and identity. When they are ripped from their contexts and sold on the black market,  everyone loses. We are all robbed because we will never get to know the information those objects contained. “Neocolonialism” is a word that is bandied about quite a bit in Bolivia: it is a word that even people with no education know. The illicit antiquities trade is a prime example of neocolonialism. When objects are stolen from vulnerable areas of the developing world and moved into the hands of rich people in the developed world, we perpetuate an unjust imbalance. We keep people down.

This is my dream job. I am so thankful to be able to do this research.